Amour propre

Amour propre

Sylvie Le Bihan

JC Lattès

  • 3 avril 2019

    famille

    Ce roman pose la question de la maternité : comment vivre alors que l’on se rend compte qu’avoir des enfants ne nous a pas épanouie ?

    Guilia arrive à un moment de sa vie où elle a besoin de faire une pause : ses enfants sont grands et censés être autonomes, ses recherches sur Malaparte l’entraînent à Capri dans la maison de l’écrivain, elle est toujours à la recherche de sa mère.

    Si les passages sur la villa de Curzio ne m’ont pas passionnées, j’ai en revanche été scotchée par celles sur le mal-être de Guilia.

    Je me suis reconnue dans ses phrases sur l’abandon de sa mère, la douleur de vivre avec une part manquante.

    Le sujet de la maternité n’a pas éveillé d’écho en moi, mais j’ai aimé les paroles de réconfort de la responsable de la maison.

    Une lecture qui a suscité bien des émotions, m’a fait venir des poissons d’eau dans les yeux et qui m’a remonté le moral.

    L’image que je retiendrai : celle du chat de la maison qui sera finalement baptisé Poucet.

    https://alexmotamots.fr/amour-propre-sylvie-le-bihan/


  • 22 mars 2019

    Mère de trois adolescents qu’elle élève seule depuis presque dix ans, Guilia a toujours tout fait pour eux. Travailler et être mère en même temps comme tant d’autres femmes sans se plaindre ou sans rechigner. Il aura fallu que ses cadets décident de se prendre une année sabbatique avant d’entamer leurs études supérieures pour que la goutte d’eau fasse déborder le vase. Cette professeure d’italien dont la mère a déserté il y a fort longtemps sait toute l’importance d’une présence maternelle. Elle part sur les traces de l’écrivain Malaparte à Capri, un auteur controversé dont elle admire l’œuvre et qui se révèle un lien entre elle et sa mère.

    Guilia devrait être absorbée par ses recherches mais la fracture a eu lieu laissant place à ses interrogations et à toute l’ambivalence de ses sentiments. Elle aime ses enfants et cependant elle veut retrouver le temps de vivre pour elle en tant que femme. Emprisonnée dans les carcans sociétaux liés à la maternité, elle a la franchise envers elle-même d’arrêter de se mentir ou de continuer à faire comme si. Sans ambages, Sylvie le Bihan offre des réflexions sur la maternité bien loin de celles que l’on peut lire habituellement et qui riment avec épanouissement. Et ce roman risque de faire grincer des dents car il aborde un sujet pas facile, complexe et tabou. Peut-on être mère et le regretter ou avoir ce sentiment profond de ne pas être à la hauteur ?

    Il aurait été facile d’esquinter les normes en envoyant tout valdinguer mais Sylvie Le Bihan à travers Giulia émaille ses propos d’exemples criants de vérité. Elle nous questionne et on la suit. On prend le temps de se regarder dans le miroir et d’être sincère avec soi-même. Sans se piétiner, les quêtes entamées par Giuila consciemment ou non se complètent.
    Sans imposer quoi que ce soit mais avec ce souci de la différence et de la tolérance, chacun puisera dans ce livre qui une fenêtre ouverte sur nous-mêmes et sur les autre.
    Il y a une belle poésie qui épouse Capri pour nous parler de ce lieu mais aussi une écriture qui résonne, interpelle à l’image de ce roman très fort.

    "La notion de regret n'existe pas pour une mère, c'est un signe de défaite, une ignominie, un dysfonctionnement qu'il faut cacher ou régler au plus vite, car il est si facile d'être traitée de folle par les autres, femmes comprises, dès que le ressenti est différent, voire contradictoire à leur foi en cette histoire de l'enfantement merveilleux qu'on se refile de mère en fille.
    Mais, j'ai eu des enfants et je le regrette.
    Après cette phrase, que je la laisse dans ma tête ou que je la formule à voix haute, je ressens à chaque fois le besoin, ou l'obligation, de dire que j'aime mes enfants."

    "Les vainqueurs récrivent l'histoire à leur façon, mais ce sont les vaincus qui se transmettent la vérité. "