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«PIERRES VIVANTES» ou le mariage du Ciel et de la Terre

L’exposition intitulée «Pierres vivantes», proposée par le photographe Ferrante Ferranti, prend un sens tout particulier à Chartres dans la mesure où la présence de la cathédrale Notre-Dame est un rappel constant de cette alliance entre l’architecture et la spiritualité.

Diplômé d’architecture et photographe, Ferrante Ferranti est connu, entre autres, pour ses photographies qui illustrent de façon magistrale les ouvrages que l’écrivain Dominique Fernandez, de l’Académie française, a écrit sur le Baroque, l’Italie, sur bien d’autres pays et tout récemment encore sur la Syrie (Adieu, Palmyre). Mais la bibliographie de Ferrante Ferranti (car il est aussi écrivain) nous montre par ailleurs qu’il s’agit d’un homme en quête de spiritualité et pour qui la photographie doit rendre compte d’un moment exceptionnel: saisir une apparition, une rencontre entre la lumière et la pierre,évoquer ou susciter une méditation. C’est ce que donne à voir cette exposition.
«Pierre vivantes» s’organise tout d’abord comme un voyage dans l’espace. L’exposition nous conduit non seulement dans certains hauts lieux de la chrétienté occidentale (Sénanque, Venise, Ottobeuren, Lecce, Ganagobie…) mais aussi dans des sites plus lointains et relevant d’une autre culture, d’une autre spiritualité (Angkor, Borobudur…). Il s’agit aussi d’un voyage dans le temps historique qui se déroule depuis l’époque de l’Egypte ancienne du temple d’Abou Simbel jusqu’aux églises baroques d’Allemagne et d’Italie en passant par les abbayes romanes.
Toutefois ce qui intéresse particulièrement dans cette exposition, c’est d’une part l’attitude du photographe en face de ces lieux et, d’autre part, l’action ou la fascination que ces lieux exercent sur lui. On pourrait croire en effet qu’un photographe, du fait de la médiation de l’appareil et de l’objectif, s’incarne dans un simple regard qui figerait le monde à une certaine distance. Telle n’est pas l’impression que l’on ressent en regardant les photos de Ferrante Ferranti. On se dit que tous ces lieux ont agi sur lui parce qu’il les a pratiqués, observés, lentement apprivoisés. On voit son humilité et sa patience pour les montrer le plus fidèlement possible, les montrer comme il les ressent lorsqu’il est en totale osmose avec eux. Ce qui est une forme de «super-objectivité».
Ferrante Ferranti est par ailleurs un homme de grande culture. Il faudrait toute une étude pour rendre compte de la richesse de son univers photographique. On se bornera à évoquer cette attention pour la lumière qui vient jouer avec la pierre surtout, mais aussi d’autres matériaux, pour transcender totalement les lieux: voici telle photo d’un temple en ruine à Angkor avec sa discrète bougie qui nous fait penser à un Georges de la Tour ; la nef de la collégiale saint Barnard, avec cet aspect moucheté de la lumière traversant le vitrail, qui rappelle les Impressionnistes et singulièrement Pierre Auguste Renoir; certaines photos sont «constructivistes», d’autres «cubistes»; on poussera l’audace jusqu’à voir dans les graffiti du portail d’entrée du Saint-Sépulcre à Jérusalem, quelque chose de Jean-Michel Basquiat. Nombreux sont aussi les sites où des ruines et des excavations nous font penser à l’intérieur d’un crâne minéral, à des Vanités.

Enfin, si l’art photographique, pour Ferrante Ferranti, peut se présenter comme une sorte d’ascèse, il est loin d’être rigoriste: le reflet de Santa Maria de la Salute dans l’eau d’un canal de Venise déconstruit humoristiquement l’édifice en une pâtisserie monumentale. Quant au bénitier d’une abbaye bourguignonne, il peut être considéré comme un immense objectif photographique dans lequel on peut distinguer l’image (inversée) d’un vitrail qui se reflète dans l’eau bénite. Comme une sorte de clin d’œil.

Lucien Giraudo

FERRANTE FERRANTI 14 JANVIER AU 3 MARS
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