Ménexène
Éditeur
Culture commune
Date de publication
Nombre de pages
17
Langue
français
Fiches UNIMARC
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Ménexène

Culture commune

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  • Aide EAN13 : 9782363077912
    • Fichier EPUB, avec Marquage en filigrane
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**Extrait

Interlocuteurs :**
• Socrate
• Ménexène [Un des personnages du Lysis.]

[234a]
**Socrate.**
D’où vient Ménexène ? de la place publique, ou de quel endroit ?

**Ménexène.**
De la place publique, Socrate ; je sors du conseil.

**Socrate.**
Toi ! Et pourquoi étais-tu allé au conseil ? Sans doute tu crois ton
instruction et tes études achevées, et, déjà sûr de tes forces, tu élèves plus
haut tes pensées et songes à nous commander, admirable jeune homme, [234b] à
nous, qui sommes des vieillards, de crainte que ta maison ne cesse de donner
des administrateurs à l’état.

**Ménexène.**
Si tu me permets, Socrate, et si tu me conseilles d’entrer dans la carrière
politique, je le ferai avec ardeur, sinon j’y renonce. Pour aujourd’hui, je me
suis rendu au conseil parce que j’étais instruit que le sénat devait choisir
celui qui prononcera l’éloge des guerriers que nous avons perdus : tu sais
qu’on va faire leurs funérailles.

**Socrate.**
Je le sais. Mais qui a-t-on choisi ?

**Ménexène.**
Personne ; on a remis le choix à demain. Mais on nommera, je pense, Archinus
ou Dion [Sur Archikus, voyez Ruhnken, Histoire critique des orateurs grecs. –
Ni Ruhnken ni Fabricius ne font mention de Dion.].

[234c]
**Socrate.**
Certes, Ménexène, c’est pour plus d’une raison qu’il est beau de mourir dans
les combats. Celui qui perd ainsi la vie, quelque pauvre qu’il soit, obtient
des obsèques pompeuses et magnifiques ; et fût-il sans mérite, il est sûr d’un
éloge public, fait par des hommes habiles qui ne se fient pas à l’inspiration
du hasard, mais qui composent leurs discours long-temps à l’ avance,
admirables panégyristes qui célébrant les qualités [235a] qu’on a et celles
qu’on n’a pas, embellissant tout ce qu’ils touchent, enchantent nos âmes par
les éloges de toute espèce qu’ils prodiguent à la république, et à ceux qui
sont morts dans la guerre, et à tous nos ancêtres, et enfin à nous-mêmes, qui
vivons encore. Aussi, Ménexène, leurs louanges me donnent une grande opinion
de moi-même, et toutes les fois que je les écoute, [235b] je m’estime aussitôt
plus grand, meilleur et plus vertueux. Souvent des étrangers m’accompagnent :
ils écoutent, et à l’instant même je leur semble plus respectable ; ils
paraissent absolument partager mes sentiments et pour moi-même et pour un pays
qui n’est pas le leur ; entraînés par l’orateur, ils le trouvent bien plus
admirable qu’auparavant. Pour moi, cette exaltation me reste plus de [235c]
trois jours ; l’harmonie du discours, et la voix de celui qui l’a prononcé,
sont tellement dans mon oreille, qu’à peine le quatrième ou le cinquième jour
je parviens à me reconnaître et à savoir où j’en suis : jusque-là je crois
presque habiter les îles Fortunées, tant nos orateurs sont habiles !

**Ménexène.**
Tu ne cesses, Socrate, de plaisanter les orateurs. Mais, cette fois-ci, je
crois que celui qu’on choisira sera fort embarrassé : car le choix peut tomber
sur chacun sans qu’il s’y attende, et il serait forcé peut-être d’improviser.

[235d]
**Socrate.**
Pourquoi cela, mon cher ? Ils ont tous des discours préparés ; d’ailleurs il
n’est pas difficile d’improviser sur un pareil sujet. Sans doute il faudrait
un orateur habile pour être approuvé dans le Péloponnèse, en y faisant l’éloge
des Athéniens, ou à Athènes, en y faisant celui des Péloponnésiens ; mais
lorsqu’on parle devant ceux-là même dont on fait l’éloge, il ne paraît point
difficile de bien parler.

**Ménexène.**
Vraiment, Socrate, tu ne juges pas cela difficile ?

**Socrate.**
Non, par Jupiter !
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