Critias
Éditeur
Culture commune
Date de publication
Nombre de pages
16
Langue
français
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Critias

Culture commune

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  • Aide EAN13 : 9782363077820
    • Fichier EPUB, avec Marquage en filigrane
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**Extrait

Interlocuteurs :**
• Timée
• Critias
• Socrate
• Hermocrate



**Timée.**
Avec quel plaisir, Socrate, j’arrive au terme de ce discours ; il me semble
que je respire enfin après une longue route. Puisse ce Dieu que nous venons
d’établir et de proclamer tout à l’heure, bien qu’il ne soit pas nouveau, nous
tenir compte des vérités que nous avons pu dire, et nous imposer la punition
que nous méritons s’il nous est échappé involontairement des choses indignes
de lui. Or, la punition due à celui qui s’égare, c’est de l’éclairer. Nous
prions donc ce Dieu, pour qu’à l’avenir, en traitant de la génération des
Dieux, nous puissions dire la vérité ; nous le prions de nous accorder le plus
sûr et le meilleur talisman, la science. Après ce vœu, je cède la parole à
Critias, comme nous en étions convenus.

**Critias.**
Je l’accepte, Timée, mais en réclamant la même indulgence que tu nous a
demandée au commencement de ton discours, à cause de la difficulté du sujet.
Je prétends même avoir plus de droit encore à l’indulgence pour ce qui me
reste à dire. C’est là, je le sais, une prétention un peu ambitieuse et
presque incivile ; mais n’importe, il la faut soutenir. Il ne s’agit pas de
contester les vérités que tu nous as exposées ; quel homme sensé l’oserait ?
Mais je dois m’efforcer de te convaincre que ma tâche est encore plus
difficile, et que, par conséquent, j’ai besoin de plus d’indulgence. Il est
plus aisé, Timée, de contenter les hommes en leur parlant des dieux qu’en les
entretenant de ce qui les concerne eux-mêmes ; car l’inexpérience, ou plutôt
la complète ignorance des auditeurs laisse le champ libre à qui veut leur
parler des choses qu’ils ne connaissent pas ; et à l’égard des dieux, on sait
où nous en sommes [Ceci est dans le caractère de Critias, qui n’admettait les
dieux qu’en politique. Sext. Empiric. Advers. Mathem., IX, 54. Plutarq. De
Superstit. 13.]. Si vous voulez mieux saisir ma pensée, prenez garde, je vous
prie, à cette observation. Ce que nous disons, tous tant que nous sommes, est
nécessairement l’image, la représentation de quelque chose. Supposons un
peintre qui aurait à représenter des objets empruntés à l’humanité ou à la
nature : nous savons quelle facilité et quelle difficulté il trouve à
satisfaire le spectateur par la fidélité de ses tableaux. A-t-il eu à peindre
la terre, des montagnes, des fleuves, une forêt, le ciel tout entier, tout ce
qu’il renferme et tout ce qui s’y meut ? nous sommes d’abord contents s’il a
su en rendre à peu près quelque chose avec la moindre ressemblance ; après
quoi, n’ayant aucune connaissance exacte de ces objets, nous ne songeons guère
à examiner scrupuleusement ni à critiquer son tableau : une ébauche vague et
trompeuse nous suffit. Mais dès qu’un peintre entreprend de représenter des
êtres humains, l’habitude que nous avons d’en voir et d’en observer nous fait
découvrir toutes les fautes au premier coup d’œil, et nous devenons des juges
sévères pour l’artiste qui n’a pas su parfaitement rendre l’original. La même
chose se voit dans les discours. Si on nous parle des choses célestes et
divines, la moindre vraisemblance nous suffit. S’agit-il de nous et des choses
de ce monde ? nous en faisons l’examen le plus scrupuleux. Si donc, dans ce
discours que je vais improviser, il m’échappe quelque inexactitude, j’ai droit
à votre indulgence ; car il ne faut pas oublier que, loin d’être aisée, c’est
la chose du monde la plus difficile, que de rendre ce qui nous touche de si
près d’une manière satisfaisante. Voilà, Socrate, ce que j’étais bien aise de
vous rappeler ; voilà comment je réclame, non pas seulement un peu, mais
beaucoup d’indulgence pour ce que j’ai à vous dire. Si ma demande vous paraît
juste, c’est à vous de me l’accorder de bonne grâce.

**Socrate.**
Quel motif aurions-nous de te la refuser, Critias ? Loin de là, il nous faut
en accorder tout autant à Hermocrate, qui va parler le troisième ; car je ne
doute pas qu’il ne vienne à son tour nous adresser tout à l’heure les mêmes
prières. Que ce soit donc chose convenue, et qu’assuré par avance de notre
indulgence il prenne son exorde ailleurs, et ne soit pas obligé de répéter le
tien. Au reste, mon cher Critias, afin de te faire connaître la disposition du
parterre, tu sauras que la représentation qu’on vient de nous donner a
complètement réussi, et que tu auras besoin de la plus grande faveur pour
soutenir la concurrence.

**Hermocrate.**
Je me tiens pour averti, Socrate, aussi bien que

**Critias.**
Après tout, Critias, jamais des lâches n’ont élevé de trophées. Commence donc
avec courage, et, après avoir invoqué Apollon et les Muses, fais-nous
connaître et chante les hauts faits de nos antiques concitoyens
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