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Au lieu dit Noir-Étang...
10 juillet 2013

Emily Brontë à Cape Cod

Années 20, Cape Cod... Non, on ne va pas vous raconter une énième saga de la famille Kennedy, et Cape Cod ici n'a de l'importance que pour ses paysages, toile de fond essentielle de ce roman. Deux héros dignes des « Hauts de Hurlevent », vivent un amour tourmenté, passionné, et exacerbé par son impossibilité. L’histoire est racontée par un vieux célibataire, devenu notaire, mais qui n’était qu’un enfant lorsque cela s’est passé. Cela ? L’adultère, la mort, et la condamnation de Miss Channing, une jeune professeure de dessin qui eut le malheur de tomber amoureuse de Mr Reed, marié et père de famille. Le livre vaut plus par l'atmosphère de cette petite ville de la Côte Est battue par le vent, comme l’était la lande de Catherine et Heathcliff, que par l’énigme proprement dite, même si le rebondissement de dernière minute est totalement inattendu. Un policier qui bouscule les codes du genre, et on aime ça.

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A la légère / nouvelles, cinq nouvelles de Michel Déon

cinq nouvelles de Michel Déon

Finitude

13,50
9 juillet 2013

L'éternel féminin

C'est une drôle d'idée qu'ont eue les éditions Finitude de dépoussiérer ces cinq nouvelles à l'allure fifties, rétro à souhait, pour ne pas dire « datées », de l'aveu même du principal intéressé. Michel Déon faisait alors son entrée sur la scène littéraire par la petite porte, celle du genre court, très prisé à l'époque par les journaux et les magazines féminins comme " La Parisienne ", " Ici France " ou le " Figaro littéraire ". " A la légère " n'en donne pas moins le ton de l'œuvre foisonnante à venir, marquée par les voyages, le goût de vivre et, bien entendu, les femmes. Car il est ici beaucoup plus question du beau sexe que de son pendant masculin, en retrait, souvent lâche et désabusé, parfois cruel, face à ces pimpantes demoiselles, aventurières ou fausses ingénues, qui ont toutes ceci en commun : l'amour. Et comme les femmes qui aiment sont dangereuses, on devine dès les premières lignes que la fable ne sera pas exempte de victimes... Mais qu'on se rassure, la chute ne laisse pour autant place à une quelconque morale, seule la badinerie triomphe, et c'est jubilatoire!

Ces « danseuses », comme aimait les appeler son auteur,  sont  l'oeuvre d'un homme à l'aube de la quarantaine, encore trop jeune pour être amer, mais déjà nostalgique de son âge d'or et de ses belles années. D'où cette grâce nonchalante et mélancolique qui s'échappe du texte, ce sentiment diffus qui laisse songeur. Constance, Geneviève, Patsy Rose, Maria et la belle Agnès, qui aime se baigner nue chaque matin, toutes ont un secret que le narrateur trop curieux entend démêler, au risque de se perdre... Et n'est-ce pas délicieux de se perdre dans les décors enchanteurs de Formentera, du lac Léman, d'une plage d'Espagne ou des rues parisiennes? A l'écran, les héroïnes de ces cinq courts- métrages prendraient les traits d'une Audrey Hepburn, d'une Jean Seberg ou d'une Delphine Seyrig, parfaites incarnations de cet éternel féminin dont le mystérieux charme perdure au fil des modes et des époques, et sur lequel les hommes n'ont pas fini de s'interroger.

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La cuisinière d'Himmler, roman
9 juillet 2013

Notre avenir était du passé qui recommençait tout le temps

Pour savourer toute la truculence du dernier roman de Franz-Olivier Giesbert, il vous faudra faire fi de votre rationalisme. Mais vous ne regretterez pas ce voyage subjectif à travers le XXe siècle en compagnie de la flamboyante Rose, une héroïne que l’on découvre à la fin de sa vie telle une _Tatie Danielle_ lubrique au grand cœur. Elle retrace son existence et ses incroyables rencontres avec les plus illustres comme les plus vils personnages du siècle dernier. Rose est née en 1907 sur les bords de la Mer Noire. À peine âgée de 10 ans, elle fuit le génocide arménien pour un long périple qui la mènera successivement en France, où elle fonde une famille et ouvre son premier restaurant dans le Paris des années folles, puis en Allemagne nazie, à New- York, en Chine maoïste, avant de terminer ses jours à Marseille. À chaque fois, des drames intimes obligent cette femme profondément libre à reconstruire sa vie ailleurs. L’amour, la cuisine et de machiavéliques vengeances libératoires seront ses planches de salut. Quel panache ! On imagine le plaisir que l’auteur a certainement eu d’imaginer ce double féminin à la gouaille joyeuse et politiquement incorrecte. L’homme de presse confirme ici son vrai talent de conteur, son goût pour les bons mots et un grand sens de la formule. Ce voyage est délirant, loufoque, joyeux et plein de vitalité. Franz-Olivier Giesbert, qui aime prendre les grands de ce monde à contre-pied, pourrait dire avec Rose " seuls les poissons morts suivent le cours ".

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Les Débutantes, roman

roman

Le Livre de Poche

8,30
5 juillet 2013

Pas mal pour une débutante !

D'abord Célia. Puis Bree. Puis April. Et enfin Sally. Chacune à leur tour, les quatre héroïnes racontent avec passion, leur indéfectible affection. Elles se sont connues à l'université de Smith, dans le Massachusetts. Là bas, loin de leurs familles et des pressions de la société, elles ont tout partagé, tout traversé, tout appris, tout vécu. Toujours ensemble. Inséparables. Célia, la plus raisonnable, se rêvait écrivain célèbre. Bree, la plus belle et déjà la bague au doigt, se languissait de son fiancé. Sally, richissime et tirée à quatre épingles, venait de perdre sa mère et se voyait biologiste. Et April, orpheline de père et féministe engagée, travaillait pour payer ses études. A l'abri dans leurs chambres d'internat, elles se sont bâtis une vie faite d'insouciance et de rires. Tour à tour, elles ont découvert l'amour, le sexe, les baisers entre filles, les soirées arrosées. L'amitié, à-la-vie-à-la-mort.

On les retrouve, quatre ans plus tard, lors du mariage de l'une d'entre elles. Si la fin de l'école les a éloignées, elles n'en restent pas moins éperdument attachées. Comme des sœurs, elles veillent encore les unes sur les autres. Mais sorties du cocon de Smith, la vraie vie les heurte. La réalité les rattrape et leur saute au visage. Peu à peu, le temps éloigne les « Smithies », comme elles aiment à s'appeler, mais un événement dramatique les soudera de nouveau. Une telle amitié survit-elle au contact de la vie extérieure ? Comment devenir une femme, une mère, comment passer de la vie d'étudiante à celle d'une adulte de 25 ans, sage et raisonnable, comment grandir, tout simplement ? Ces questions nous touchent, parce qu’elles sont aussi les nôtres.

Pendant plus de 500 pages, J. Courtney Sullivan dresse quatre portraits de femmes, si dissonants, et pourtant si proches. A travers les récits de ces héroïnes attachantes, on découvre l’univers bien particulier de l'une des universités pour femmes les plus célèbres (elle fait partie des « Sept soeurs »). Où les rites universitaires sont délurés -et souvent dénudés- et où la liberté, la tolérance et le rejet de l'homme sont proclamés haut et fort. C'est d'ailleurs sur les bancs de Smith, que l'écrivaine Sylvia Plath s'était assise. Et qui d'autre qu'une ancienne élève de Smith pouvait raconter, avec tant de sincérité, ce que sont ces années d'études à l'américaine ? C'est aussi à travers le prisme de l'une des filles, April, féministe frénétique, que l'auteur nous pousse à réfléchir sur le rôle et la condition de la femme, et sur le mariage, la maternité, la famille.

L'auteur nous livre un (premier) beau roman d'apprentissage, à la fois amusant et touchant, un peu fleur bleue, parfois triste, jamais cliché. Un récit de filles pour les filles, qu'on lit presque en apnée, et qui se résume en deux mots : furieusement addictif.

PS: et si vous avez aimé ce roman, vous pouvez lire le nouveau livre de J. Courtney Sullivan, " Maine ", paru aux Editions rue fromentin.

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Les enfants de l'empereur
29 juin 2013

A l’approche de la trentaine, trois amis new-yorkais glissent peu à peu vers l’âge adulte en choisissant des voies professionnelles et amoureuses divergentes. Danielle, productrice de télévision, attend avec impatience de se voir confier le reportage qui lancera sa carrière tout en guettant le prince charmant. Julius, lui, tente de concilier ses envies d’indépendance et sa première histoire d’amour et de cohabitation avec le très classique David. Enfin, Marina met un terme à son premier roman tout en passant de l’ombre tutélaire d’un père, célèbre polémiste, à un mariage avec un ambitieux rédacteur en chef. Trois héros, trois parcours individuels passionnants, comme toujours lorsque le vernis craque. On ne peut que s’attacher sincèrement à ces personnages cherchant maladroitement la voie de la reconnaissance et de l’accomplissement individuel. Au fil de nombreux chassés-croisés, Claire Messud ausculte avec une réelle empathie les fragiles et chaotiques désirs de la jeunesse cultivée de Manhattan à l’heure des choix. Attachant, très bien construit, voilà le roman addictif que vous attendiez. Il vous tiendra en haleine de bout en bout sur plus de 700 pages jusqu’à un final, magistral, le 11 septembre 2001. On vous aura prévenus, gros coup de cœur en perspective !

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