Elizabeth P.

Là où chantent les écrevisses
11 juin 2020

Mais quelle belle histoire !
4 000 000 de lecteurs conquis.
Je me suis dit, c’est trop, ça doit être commercial.
Et bien, je suis la 4 000 001ème lectrice conquise.
Quand Kya eut sept ans, sa mère est partie, puis ses frères et ses sœurs, puis son père.
Si bien qu’à dix ans, elle se retrouve seule dans un semblant de maison au cœur des marais.
Elle apprend à se débrouiller seule.
C’est très émouvant.
Osmose totale avec la nature.
Elle ne connaît que trois personnes :
Tate, un jeune garçon qui lui apprend à lire
Jumping, un vieux noir à qui elle vend des moules pour survivre
La femme de Jumping, qui lui donne des vêtements.
Le reste du village la rejette.
Pour eux, elle est la va-nu-pieds, la « fille des marais »
Quelle force habite cette petite fille qui deviendra une femme blessée et farouche, mais célèbre.
Quelle emprise sur elle-même pour vivre une telle vie de solitude.
C’est franchement magnifique.
En plus, l’écriture est belle, limpide.
J’ai été sous le charme du début à la fin.
Je ne sais pas quoi dire de plus ; les qualificatifs me manquent.

JE NE VEUX PAS ETRE JOLIE

Perineau Fabienne

Plon

18,00
11 juin 2020

Giorgia est une jeune femme aimante mais révoltée, à vif.
Elle aime tendrement ses deux enfants, passionnément son amoureux, énormément son travail.
Mais en elle, une grande colère est tapie.
Contre qui ?
Sa mère vient de mourir et remontent en elle les souvenirs de l’été de ses huit ans.
Que s’est-il passé ?
Elle en veut terriblement à sa mère, à sa famille.
Mais de quoi ?
J’ai beaucoup aimé Georgia, sa souffrance, sa force de vie.
Elle mène son combat seule, envers et contre tout.
C’est bien écrit
C’est bien construit.
C’est émouvant, poignant.
Les réponses à nos questions ne viennent qu’en fin de livre.

Le coeur blanc
8 mai 2020

Un récit dérangeant dont la teneur et la forme m’ont fait passer par divers sentiments : longueur, confusion, intérêt, agacement, compassion...
Catherine Poulain fut une de ces saisonniers dont elle nous relate l’histoire avec passion.
« C’est la fête des saisonniers, les purs, les durs, les crados et les rebelles, français espagnols portugais, hollandais anglais ou belges…. Fils de paysans, d’ouvriers, fils de bourgeois ou fils de rien, enfants de la route ou de l’errance. »
Histoire romancée, bien certainement, mais écrite avec son expérience et ses souvenirs.
Il ya les saisonniers d’un été et puis les saisonniers professionnels qui reviennent d’année en année au même endroit et forment une communauté plus ou moins bien intégrée à la population.
Il ya toutes sortes d’individus.
Des pessimistes, des optimistes, des paumés, des étrangers……..
Tous plus ou moins shootés ou alcooliques, se retrouvant chaque soir dans les bars pour éponger leur chaude journée de labeur.
« Tout ça m’a traversé comme une vérité alors que je lançais un fruit difforme dans la caisse à mes pieds ? C’était moi que je jetais. C’était nous. Nous qui finirions dans des cabanons pourris, qui mourrions dans le feu de l’été ou la solitude de l’hiver, dans le travail et dans l’alcool. Ceux dont on ne veut pas dans les douches du camping, des fois qu’on contaminerait le site ou que ça fasse trop mauvais effet pour les touristes, que l’on renvoie au lavoir, crade, avec des boites de Née-Codion défoncées, les canettes vides et les bouteilles de margnat-village éclatées, c’est vrai qu’ils peuvent nous traiter de drogués et d’alcoolos les gens du village quand on voit comment y en a qui laissent le lavoir, oh je sais plus tiens, qui a tort qui a raison, et est-ce que ce n’est pas juste un malentendu - en attendant on est le rebut. »
Il y a amitiés, des tensions, de la violence…..
Le récit est mené par deux personnages principaux.
Rosalinde, jeune femme allemande dont on parle à la troisième personne.
Mouna, jeune algérienne qui parle à la première personne
C’est un roman violent où la poésie côtoie le désespoir, d’une plume précise se incisive comme l’est la nature, comme le sont les hommes.
L’écriture en elle-même retranscrit l’ambiance.
La longueur, la lenteur, la confusion, la douceur, la répétition, la violence…… sont représentés dans un style compact, cadencé, qui tourne en rond comme l’espoir et le désespoir de tous ces saisonniers.
Même si la lecture peut parfois sembler longue, difficile, embrouillée, interminable…. je suis impressionnée par la majesté de l’écriture.

Une femme en contre-jour

Les Éditions Noir sur Blanc

14,00
29 avril 2020

Elle a toujours de bonnes idées Gaëlle Josse.
Celle de nous raconter la vie de Vivian Maier en est une nouvelle.
Vivian Maier était une américaine d'origine française.
Enfance chaotique, parents défaillants.
Elle vivra en occupant la fonction de nurse, mais surtout, elle prendra tout au long de sa vie des milliers et des milliers de photos entassées dans des cartons.
Un homme achètera ces cartons à une vente aux enchères, découvrant ainsi la richesse de ces photos.
L'histoire n'est pas vraiment romancée et ça me gênait un peu de ne pas ressentir d'émotion particulière en lisant.
Mais, en allant sur le site de Vivian Maier et en continuant mes recherche sur internet, j'ai été sidérée, ébahie par la variété et la beauté de ces photos.
Et j'ai compris et admiré la démarche de Gaëlle Josse.
Comment cette femme à priori insignifiante, venant d'un milieu plutôt défavorisé, a-t-elle pu déployer un tel talent photographique ?
Mais aussi pourquoi ne les a-t-elle jamais présentées à personne ?
Il semble qu'elle photographiait compulsivement, comme si c'était une nécessité vitale, comme elle respirait.
Et qu'elles sont belles ses photos !
Des visages incroyables, des plans magnifiques, des effets d'optique dignes des plus grands photographes.
Merci à Gaëlle Josse de nous avoir permis de nous les avoir fait connaitre et d'avoir rendu un si bel hommage à Vivian Maier.
Cette femme en contre-jour a la même passion que "La femme révélée" de Gaëlle Nohant.
Deux Gaëlle de grand talent.

Dernier arrêt avant l'automne
29 avril 2020

Le dernier né de René Frégni.
L’histoire, comme toujours, se passe dans le Sud.
Par l’intermédiaire d’un ami libraire, un écrivain un peu en mal d’inspiration, devient provisoirement gardien d’une abbaye abandonnée.
Ambiance bucolique, jusqu’à ce que...
J’aime bien lire René Frégni.
C’est toujours frais, rafraîchissant.
Mais aussi sensible et poétique.
Il nous donne des envies de nature
Il cultive l’art de prendre son temps, l’art de l’écriture, l’art de la contemplation
Et ses histoires sont toujours sympathiques même quand il y a mort d’homme
Cette lecture m’a reposée, emmenée ailleurs.