Rencontre : Evènement citoyen : Alexandre Jardin

Alexandre Jardin

Le samedi 23 mai 2015 à 16h00

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Laissez-nous faire... on a déjà commencé ! : manifeste des faizeux alerte


Rencontre avec Alexandre Jardin, créateur de Bleu Blanc Zèbre
« La France a toujours été un Etat, il faut qu’elle devienne une société »
Alexandre Jardin est un écrivain majeur. Auteur prolifique, tweeteur incorrigible, ce drôle de zèbre s’implique à 110% dans la société française. Une société qu’il aimerait bien voir sortir du marasme dans laquelle elle est engluée. Avec son association Bleu Blanc Zèbre, Alexandre Jardin va plus loin que les simples mots. Il veut apporter des solutions aux problèmes qui paralysent les mentalités. Grand ordonnateur de la joie sur terre (un héritage familial), le romancier fédère autour de lui des « faizeux » qui ne manquent pas d’idées. Puisque l’Etat n’y arrive pas, Alexandre Jardin propose que les citoyens reprennent la main. Un engagement intéressant qui commence à faire du bruit dans le landerneau politique. Un engagement, qui n’est pas pour déplaire à Cac47. Alexandre Jardin sera le premier invité-conférencier de Cac47 à Chartres. Il viendra exposer ses idées le samedi 23 mai 2015 à la librairie L’Esperluète.
Dans une brasserie parisienne, qui lui sert de bureau, Alexandre Jardin nous rejoint l’œil vif et les cheveux en bataille. Prêt à combattre, le romancier montre un dynamisme redoutable pour déplacer les montagnes. Toutes les montagnes… mais dans la joie, uniquement !
Qu’est-ce qui a motivé la création de l’association Bleu Blanc Zèbre ?
Tout d’abord, je ne veux pas que Marine Le Pen gagne en 2017. Je ne veux pas que des gens, qui trient les hommes, prennent la tête de mon pays. D’autant que mon pays, c’est la France. Ce n’est pas n’importe quel pays puisqu’il roule pour le genre humain. Ce qui importe en France va au-delà de nos frontières. De ce danger de la victoire du FN peut naître un rééquilibrage fantastique de notre société. Nos partis républicains sont tous pilotés par des gens de la même classe sociale que sont les énarques. Tous nos partis sont tenus par ces gens qui sont d’une culture administrative. Bleu Blanc Zèbre n’est pas une aventure électorale, disons le tout de suite. Cela ne veut pas dire qu’on l’exclut.
Comment analysez-vous l’influence des énarques ?
Le problème, c’est plutôt que de rester dans leur périmètre, ils veulent imposer leur mode de pensée à l’ensemble des habitants de ce pays. On sait tous très bien depuis des décennies que si l’on vote pour un parti ou un autre, on passe d’un énarque de gauche à un énarque de droite. En réalité, les équipes qui arrivent et se remplacent ont exactement les mêmes gênes, le même cadre de pensée et le même corpus de croyance. Pourquoi pas, tant que le cadre marche ! Je ne dis pas qu’il n’a jamais marché. Il a d’ailleurs merveilleusement fonctionné pendant des décennies. Malheureusement, c’est fini. Nous en sommes à deux mille milliards de dette et personne n’envisage de passer à trois mille milliards parce que cela ne dépend plus de nous mais des épargnants chinois. Croyez-moi, ils ne vont pas nous laisser faire ! En réalité, le débat est relativement clos.
Que préconisez-vous ?
La France a toujours été un Etat, il faut qu’elle devienne une société. D’abord par ce que l’Etat n’a plus les moyens de son discours. La fête est finie ! Je me suis alors demandé comment on pouvait aider à faire cette transition dans un délai assez rapide puisque le Front national ne mettra pas 28 ans pour accéder au pouvoir. Nous avons un délai bref, un vieux schéma partagé par les Républicains auquel ils ne renoncent absolument pas. La preuve : après les élections européennes où le FN caracole en tête, que s’est-il passé dans les partis ? Rigoureusement rien. Alors que c’est un moment crucial dans notre histoire. Jamais il n’a été question de réviser quelque chose de fondamental. C’est le rôle donné à la population. Est-ce que l’on gouverne à la place de ou avec et comment ? Cela fait trente ans que l’on élit des partis avec des programmes constitués d’objectifs. On n’expose jamais le comment. Il y a un jeu de dupe général.
« Il y a des faizeux avec des écharpes»
Que pouvez-vous faire à votre niveau ?
Lorsque l’on n’a aucun levier public, c’est avant tout fédérer ceux que l’on appelle des faizeux . C'est-à-dire des gens qui passent déjà à l’acte. Ils ne sont pas sur le marché de la promesse puisqu’ils agissent déjà. Quand ils disent un truc, ils le font. Ils sont déjà en mouvement. Les faizeux ont un crédit moral, qui est le socle de la vie en société. Je te fais crédit parce que ce que tu dis, tu le fais. Maintenant, on ne peut plus faire sans. Pour moi, il était archi prioritaire de travailler sur la question du crédit moral. On a créé un groupe de faiseux qui ne promettent rien puisqu’ils font. Ils rendent un vrai service à la population qui peut voir et constater. C’est très concret.
Vous indiquez ‘’Zèbre’’ dans l’intitulé de votre association, pour quelle raison ?
L’autre critère fondamental de notre association, c’est de trouver des gens qui ont de la joie. On a automatiquement écarté dans nos rencontres les casse-couilles. C'est-à-dire ceux qui n’aiment pas la vie. Ceux qui sont fâchés avec la vie, le réel et en qui rien ne chante. Cette histoire de joie, c’est fondamental dans un mouvement citoyen. Nous avons réuni des joyeux bienveillants. Les faizeux qui nous ont rejoints sont neuf fois sur dix des gens qui raisonnent hors du cadre. Ils se sont généralement remis en question pour quitter un modèle et essayer une autre stratégie. C’est pourquoi on les appelle les zèbres. Ce sont de drôles de zèbres ! Ils raisonnent autrement par rapport aux énarques.
Que font ces « drôles de zèbres » ?
Ils mettent en place d’autres process. Nous en trouvons chez les entrepreneurs, dans les associations, les fondations, les coopératives, le secteur mutualiste. D’une manière générale dans le monde économique et associatif. Et ô surprise… chez les maires ! Il y a des faizeux avec des écharpes. Nous ne leur demandons pas s’ils sont à gauche ou à droite, on leur demande s’ils font des trucs. Il y en a partout. Ils sont disséminés et très inattendus.
« Une stratégie politique de rupture »
Comme qui par exemple ?
Comme à la FNSEA, le principal syndicat agricole. Le président a mis en place le programme Solaal qui récupère les invendus et surplus, distribués ensuite aux associations caritatives. Personne en France ne le sait. Là, vous avez un excellent faizeux. Pourquoi le paysan va-t-il donner son champ à Solaal ? C’est parce que ça vient de son monde professionnel. Il n’a pas peur parce que c’est le même monde. Si la puissance publique ordonnait au paysan de donner le contenu de son champ, il aurait peur. Et ça ne marcherait pas. En matière éducatif, l’association Lire et faire lire que j’ai lancée il y a une plus de dix ans est un excellent faizeux. Des bénévoles retraités ou non viennent transmettre le plaisir de la lecture aux enfants pour lutter contre l’échec scolaire.
Et pour les Français qui sont dans la précarité, que faîtes-vous ?
Les faizeux peuvent venir d’absolument partout. Le compte Nickel.com est un exemple probant. On installe des machines chez les buralistes pour que des gens dans la précarité puissent ouvrir des comptes en banque en cinq minutes sans qu’on leur pose des questions vexantes et humiliantes. C’est très important puisqu’il ya deux millions et demi de gens qui n’ont pas de RIB en France. Ils ont besoin d’un minimum d’outils bancaires. Ce qui n’est pas proposé par des banques mutualistes ou autres pour diverses raisons… économiques principalement puisqu’elles n’ont pas envie de développer ce segment.
Comment coordonnez-vous ce catalogue à la Prévert ?
Nous sommes en train de regrouper ce catalogue de bonnes intentions au sein d’un bouquet thématique. Nous pouvons ainsi offrir aux mairies un programme clé en main de politique publique. Dans chaque bouquet, il y a une partie payante s’il y a un coût, et une partie gratuite. Pendant deux ans, on va proposer nos bouquets aux mairies. On se déplace avec nos zèbres et l’on cherche au maximum à impliquer les zèbres locaux qui ont une foule de savoir. Cela nous permet de trouver des zèbres qui peuvent exporter leur savoir-faire au niveau du pays.
Est-ce que cela va être efficace ?
On va faire ce que l’on peut. Il faut bien voir que dans deux ans, nous allons entrer dans une stratégie politique de rupture. Lorsque les politiques chercheront le soutien de la société civile, il faudra qu’ils viennent discuter. Lorsque nous leur aurons démontré leur impuissance, nous leur proposerons une alliance sous forme de contrat passé avec nos bouquets. Règle numéro un, c’est que le pilotage technique, qui permettra l’application de ces contrats, sera externalisé pour échapper à toutes formes de malveillance. On ajoutera dans ces contrats un déverrouillage juridique. Nous ne pourrons pas atteindre des objectifs avec l’actuel appareil normatif français. Cela n’est pas possible. Il y aussi un planning de coopération administrative pour que les services coopèrent selon un planning contractuellement défini.
Propos recueillis par Pascal Hébert et Gérard Leray.

Alexandre Jardin et la candidature à la présidence de la République
Alexandre Jardin en a conscience, tôt pou tar, un rapprochement devra se faire avec les appareils politiques républicains : « Après nous avoir trouvé fort sympathiques au début, je pense qu’ils vont nous trouver moins sympa lorsqu’ils verront notre liste de demandes. Mon pari, c’est qu’ils n’auront pas le choix compte tenu de la masse de faizeux qui se regroupent actuellement pour vaincre Marine Le Pen. Ils auront besoin d’une alliance en bonne et due forme et contractuelle avec la société civile. Je ne dis pas qu’ils vont y venir de gaité de cœur. »
En cas d’échec des négociations…
En cas d’échec des négociations, Alexandre Jardin prévient : « Si par malheur, il leur arrivait de nous mépriser, nous irions à l’élection présidentielle. Et dans un deuxième tour rude, nous négocierons violemment. J’espère pour mon pays que nous ne le ferons pas. Il faut être clair. Si nous allons à l’élection présidentielle, cela voudra dire que nous avons échoué. Notre objectif n’est pas de conquérir les postes mais d’organiser la transition vers une société d’adulte. Je ne me réveille pas le matin en me demandant si je vais devenir président. » explique le romancier qui ajoute : «  Tous nos zèbres ont comme vocation de faire ce qu’ils font. Il est néanmoins fondamental de tout organiser de manière à aller jusqu’au bout si par malheur, les partis républicains voulaient se passer de la société civile. Ma conviction, c’est que nous ne pourrons battre Marine Le Pen au second tour que s’il y a alliance. Une alliance claire et contractuelle qui ne doit pas être une récupération. » Alexandre Jardin en est convaincu : « La force de notre offre, c’est que tout ce que nous proposerons aura fait ses preuves… avec des gens de tous horizons allant des soixante huitards aux paramilitaires. La France se fait avec la diversité. Je pense qu’avec cette expérience du réel, on ira plus vite. Nous assumerons nos incohérences dans nos approches comme de réunir des écolos avec des représentants de la FNSEA. »
« Ce pays n’a jamais été construit sur la peur ! »
Alexandre Jardin se veut ouvert : « Nous ne sommes pas un club qui distribue des bons points mais simplement une organisation qui rassemble des gens encore vivants. Les zèbres vont dissoudre leur organisation à Noël 2017.Cette aventure est faite pour gagner et réussir une transition. Il est urgent d’agir car le peuple crie. » Dans un contexte politique où le vote FN continue sa progression, le romancier explique : « Ce qui m’importe c’est ce que pense la moitié des Français de notre action et notamment ceux qui votent pour Marine Le Pen. Il faut recadrer le débat politique français autour du verbe faire. Et alors le Front national sortira en charpie car il est inefficace en terme d’actions réelles parce qu’il y a très peu de faizeux chez eux. Marine Le Pen le dit clairement : Votez pour nous de manière à vous faire entendre. Nous, nous disons : venez avec nous pour faire tout de suite. Ce n’est pas la même chose. Le pays hésite entre le pire et le recommencement. Il faut faire basculer la France du côté de la vie et de la joie ! Ce pays n’a jamais été construit sur la peur ! »
P.H et G.L
Un manifeste pour agir
Le dernier livre d’Alexandre jardin est un véritable manifeste pour sortir la France de sa peur et de sa torpeur. Devant la menace réelle et sérieuse de voir le Front national prendre les commandes du pays en 2017, le romancier a décidé d’agir. Depuis plusieurs années, il entraîne dans son sillage ceux qu’il nomme des Faizeux. C'est-à-dire ceux qui préfèrent agir plutôt que de discourir à tout va. Dans ce livre - certainement le plus important de sa vie - Alexandre Jardin décline les actions de ces Faizeux que l’on trouve à tous les étages de la société française. Désireux de ranimer la flamme de la joie et de l’espérance, ce citoyen privilégié pourrait donner l’impression d’être dans une posture sympathique et un peu farfelu. Seulement voilà, cet amoureux de la France a décidé de ne pas céder à la tentation de rester simple spectateur. Dans des chapitres plus personnels, il explique d’où lui vient ce besoin de passer à l’acte. La France doit se ressaisir et dépasser la défiance qui s’installe entre les citoyens et leurs représentants. La ‘’lepénisation’’ des esprits doit être impérativement combattue pour que la France redevienne la France. Un pays où la gauloiserie et la débrouillardise sont quand même dans les gênes. Bien évidemment, la crise économique qui laisse de côté plus de 10% de la population active, sert d’engrais aux électeurs du FN aveuglés par le populisme de l’extrême droite. Tout le monde sait que le FN n’aime pas la France. Celle qui sait se transcender dans les grands moments. Alexandre Jardin ouvre une voie nouvelle avec un passage à l’acte et une révolution culturelle profonde.
P.H
Laissez nous faire ! On a déjà commencé d’Alexandre Jardin(Robert Laffont). 204 pages. €.

Alexandre Jardin en bref :
- Alexandre Jardin est né en 1965.
- Il a publié une dizaine de romans chez Gallimard dont Le Zèbre prix Fémina en 1988, Bille en tête, Fanfan, et Le Zubial.
- Plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma comme Fanfan (1993) avec Sophie Marceau, Le prof (2000) avec Jean-Hugues Anglade et Le Zèbre (1992) avec Thierry Lhermitte.
- Il s’est rendu à Dreux en 2002 pour lancer l’association Lire et faire lire.
- Son dernier livre Juste une fois est sorti chez Grasset en octobre 2014.

Alexandre Jardin a également contribué aux livres...

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